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Flandres

Un article de Institut.Francais.Saragosse.Diwiki.

Flandres est un film de Bruno Dumont sorti en août 2006.

Projection les 7 novembre 2008 à 22h et 8 novembre à 18h à la Filmoteca

Sommaire

Synopsis

De nos jours, dans les Flandres. Demester et de jeunes gars du pays partent soldats dans un conflit lointain. Amoureux de la jeune Barbe, Demester supportait ses moeurs étranges et ses amants. Attendant les soldats, seule en Flandres, Barbe dépérit. Face à ce conflit, Demester se transforme en guerrier. Tragiquement, la guerre exacerbera les sentiments et les liens de ces deux êtres, les menant aux extrémités de leur condition.

Sujet

Flandres est, selon son réalisateur, "avant tout une histoire d'amour", bien qu'il s'agisse en apparence d'un film de guerre. Le scénario a donc pour sujet les ravages de la guerre sur les populations, et surtout sur l'esprit des soldats, devenant bêtes à tuer une fois envahis par le mal. Dumont a cherché à montrer également - et c'est en cela que Flandres peut prétendre au statut d'histoire d'amour - les désillusions d'un amour passif, du manque de passion. Par ailleurs, le film est une relecture du film de guerre (comme "Twentynine Palms", son précédent film, le faisait avec le road-movie), une expérimentation à la française, sorte de drame psychologique amélioré - dopé par la violence explicite des images. Enfin, ce long-métrage est une analyse minutieuse des mœurs propres aux habitants de cette région somme toute assez archaïque, laquelle renvoie au reste de la société française: Dumont déclare à ce sujet " Les Flandres, par exemple, sont un mystère pour moi. C’est ma terre natale : viscérale, sensible, autrement dit sans raison. La caméra devient un microscope, un appareil qui se penche sur le sujet. J’ai besoin de la terre pour filmer les êtres humains. En les filmant, les Flandres rendent une part de l’existence humaine."


Thèmes

Dumont, comme à son habitude, aime à jongler avec les genres, et par extension, avec les thèmes qu'il développe. Dans Flandres, il s'attarde sur 5 thèmes, tous récurrents dans son cinéma.

La perte de soi et l'aliénation

Ici, Demester, Blondel et les autres incarnent des paysans désabusés recrutés pour être mobilisés dans une guerre au Moyen-Orient. Déjà désoeuvrés et spleenétiques au quotidien (une routine s'est installée, comme en témoigne "la balade quotidienne" de Barbe et Demester, ou encore le besoin de se distraire par tous les moyens - en l'occurrence, en jouant avec des brins de paille), ils vont être sujets au Mal une fois arrivés sur le front. Même Demester, qui semble le plus mûr, le plus impassible, va finir par craquer (il ne porte pas assistance à son ami qui lui demandait de l'aide, lequel sera de fait tué). Toute fois, celui-ci a largement tempéré les ardeurs belliqueuses de certains de ses confères d'armes: d'autres sont sujets à une aliénation beaucoup plus rapide, qui se manifeste immédiatement les combats débutés (dès leur première mission, un soldat pénètre dans une maison et veut à tout prix tuer de jeunes enfants, déjà terriblement mutilés), à cause de ce sentiment "ne n'avoir plus rien à perdre". En somme, cette perte de contrôle est due au fait que ces hommes, tellement loin et isolés de la guerre, et donc de la mort (ils habitaient dans une région perdue dans les plaines du Nord-Pas-de-Calais) perdent leurs repères une fois confrontés au Mal, au vrai Mal. Concrètement, cette "arrivée dans le Mal" se manifeste par le premier tir de missile ennemi: les soldats boivent une bière en discutant (comme ils le faisaient en compagnie de leur amie Barbe, juste avant leur départ) mais sont surpris par une roquette. Pas encore habitués au danger, les recrues subissent déjà un premier coup au moral (et de surcroît, à l'esprit). Les plus faibles en seront conduits à décharger leur haine sur des victimes expiatoires: de pauvres enfants (également sujets au Mal, puisque armés).

L'ennui

Plus concrète et présente dans "La Vie de Jésus" (film réalisé en 1997 - Mention spéciale Caméra d'or à Cannes et Prix Jean-Vigo - où les protagonistes passaient leurs journées à errer dans les rues de Bailleul, la ville où se situe l'action métropolitaine de Flandres, en discutant simplement de leurs problèmes respectifs, de leurs craintes de la vie...), cette notion "d'ennui" est tout à fait caractéristique du cinéma de Bruno Dumont. Elle en est même l'une des matières principales, tant ses films en sont empreints et tant elle permet aux images de gagner en force, en puissance, en beauté. Dans Flandres, les personnages (des paysans) vivent désabusés, comme blasés par la vie, alors qu'âgés d'environ 30 ans seulement. Ils vagabondent, vaquent à leurs tâches quotidiennes, et font preuve d'une nonchalance inouïe (cela se manifeste aussi dans leur manière de s'exprimer: ils ânonnent leurs paroles, bredouillant des phrases quasiment incompréhensibles). Ils en semblent même incapables de toute réflexion, tant le temps pèse sur eux et les transforment, aussi surprenant soit-il, en animaux, travaillant sans réfléchir (d'ailleurs, la guerre va également les transformer en animaux, bêtes à tuer; étonnante coïncidence). Par ailleurs, l'ennui développé par Dumont à une valeur esthétique: il se manifeste par de longs plans d'ensembles fixes sur ces vastes plaines, montrant les Flandres à la manière d'un cinéaste naturaliste (ce que Dumont se défend d'être), ainsi qu'à l'inverse, par de longs gros plans sur les visages ou corps des personnages, pour mieux capter la mélancolie exprimée par leur faciès. L'ennui du début du film contraste grandement avec la violence des combats acharnés qui suivront.

La vengeance

Elle découle du premier thème (la perte de soi) et hantera profondément la majorité des personnages masculins du film. Sentiment qui leur est pourtant inconnu dans leur contrée perdue (où tous sont amis, boivent, discutent, acceptent même de partager leur petite amie), ils vont une fois de plus en faire la connaissance face à la guerre. La manifestation la plus forte (car non montrée explicitement) est une scène proche de l'épilogue où Demester, après avoir abandonné son camarade en difficulté et entendu son exécution d'une balle dans la tête, pénètre dans une maison où se déroule une réunion de famille. Animé par la haine et justement, la vengeance, il dégaine son couteau et massacre femmes, enfants et maris. Autre représentation du développement du thème de la vengeance, cette scène ambiguë où une femme, après avoir été violée par trois soldats et ordonné leur capture par des terroristes locaux, désigne comme coupable le seul innocent. Dumont l'explique par sa volonté d'illustrer le mécanisme victimaire: "Je lisais René Girard, qui a écrit des textes passionnants sur le mécanisme victimaire. Il explique que les tribus primitives se battaient entre elles sans fin jusqu'à ce que le meurtre d'une victime innocente - un pèlerin, un étranger - vienne mettre un terme à ce mécanisme". Aux interprétations multiples, cette séquence a pour but de semer le trouble dans l'esprit du spectateur, de le faire réagir, mais semble tout de même représenter une forme de manichéisme (voulu par le réalisateur).

L'idée d'une "Force Supérieure"

Dumont, cinéaste chrétien, se plaît à glisser dans ses films de petites allusions (visuelles ou orales) à l'idée d'une Force Supérieure, d'un Tout-Puissant qui régirait nos droits et devoirs depuis l'au-delà (rien que les titres de ses deux premiers films "La Vie de Jésus" et "L'Humanité" en sont l'exemple même). Au début de Flandres, les personnages semblent attendre quelque chose, un signe divin qui pourrait révolutionner leur existence, tant l'ennui qui les incombe est grand. Vides d'esprit, la manifestation tant attendue est peut-être cette guerre, moyen imparable de les faire changer, pour peu qu'ils en reviennent vivants. Le seul rescapé, Demester, hostile à l'amour que lui offre Barbe depuis le début, va revenir totalement bouleversé, et prononcera cette dernière parole qui sonne le glas de son "ancienne vie": je t'aime. Désormais, il est capable d'aimer, de donner. La guerre aura donc eu un effet positif sur lui, le faisant devenir réellement humain, après être passé par le Mal: chaque être aurait donc, selon Dumont, besoin d'une part de Mal pour être bon. Et derrière ce conflit se cache donc l'idée de Dieu, qui aurait permis à Demester de trouver sa voie intérieure, de s'accomplir, mieux: de renaître (d'ailleurs, à son retour, on voit les arbres bourgeonnants, symbole là aussi d'une renaissance). La guerre, assez paradoxalement, l'a lavé des mauvais traits de son caractère. Enfin, puisqu'il est le seul à avoir survécu, ne serait-il pas une sorte d'élu de Dieu? Une représentation concrète de la Force Supérieure se trouve dans la scène où un soldat, après avoir été tué par une fusillade lors de la première mission, est emporté par un hélicoptère de secours: les combats cessent quelques secondes, le temps de la venue (aérienne, qui plus est) de cet appareil intouchable, générateur de paix et de silence pendant quelques instants.

La nature

Ces vertes plaines des Flandres deviennent, sous l'objectif de Dumont, le théâtre d'une véritable tragédie moderne. Plus précisément, Bailleul, le village natal du cinéaste, était déjà le lieu diégétique principal de La Vie de Jésus et L'Humanité: comme un besoin pour lui de se ressourcer après un "exil" en Californie pour Twentynine Palms. Mais il l'a toujours clamé: les paysages qu'il filme n'ont pas de valeur esthétique, ils sont le reflet de l'état intérieur du personnage (au début, les personnages subissent des désillusions: les plaines sont filmées à l'automne, temps où la nature meurt. De retour après la guerre, c'est les pommiers en fleurs que Dumont capture, symbole de la renaissance, d'un retour à zéro). Le but étant de pénétrer à l'intérieur des pensées du personnage, la nature est une auxiliaire nécessaire pour se confondre avec l'esprit de celui-ci. Par ailleurs, il faut que celle-ci véhicule le minimum d'agitation: il déclare avec besoin d'abstraction et de calme, d'éliminer pour pouvoir construire. Ainsi, pour le tournage de Flandres et La Vie de Jésus, il a entièrement vidé les rues de son village pour pouvoir avoir le vide total, le néant, et donc repartir depuis la base.

Intrigue

Bailleul, un petit village dans le Nord, de nos jours. Demester, Barbe, Blondel, André ainsi que d'autres jeunes vivent de l'agriculture et noient leur ennui dans la cigarette, les marches à travers champs ou les discussions au bar-tabac. Un jour, une lettre parvient aux hommes du village, qui doivent se préparer afin d'être envoyés comme soldats dans un pays lointain, pour un conflit indéterminé. A peine arrivés, les combats font rage: ils s'entraînent sur le terrain. Mais Barbe, la petite amie de Blondel et Demester, découvre qu'elle est peut-être enceinte et souffre terriblement de leur départ...

Récompenses

Grand Prix au Festival de Cannes 2006.

Source : article Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Flandres_(film)